La science religieuse est constituée de deux parties :
La première est une étude de la Loi Islamique: la Charia et les Hadiths (recueils de traditions prophétiques). Elle tend à définir les obligations divines individuelles et collectives, les obligations sociales, les modalités d’exécution des actes rituels etc.: c’est une science dite exotérique qui prend en charge les rapports de l’homme avec son prochain, avec son environnement, à la lumière des enseignements du Coran et de la Sunna.
La deuxième dite ésotérique ou mystique traite principalement des rapports de l’homme (serviteur de Dieu) avec son Créateur (ALLAH).
A la différence de la première qui régit les actions des hommes et leurs interactions (relations horizontales), le soufisme traite principalement des états d’âme et ne s’intéresse que de la relation (créature et Créateur).
La science exotérique, régit la relation horizontale (entre les hommes) et leur milieu tandis que la science ésotérique traite de la relation verticale (du serviteur à son seigneur).
« …à l’époque du Prophète (PSL) et de ses compagnons la théologie consistait simplement en la connaissance de la façon dont il faut obéir à Dieu et à son messager, le Prophète (PSL) et en la connaissance des implications de cette obéissance, à savoir la dévotion constante, la sincérité, le combat pour la cause de Dieu par sa personne et par ses biens, l’abstinence et la rigueur morale. Posséder cette connaissance constituait une bonne compréhension de la religion. Celui qui saisissait le mieux la religion, était le plus zélé dans la dévotion, le plus soucieux de savoir le jugement de Dieu en toute affaire, et celui qui s'abstenait de formuler un jugement devant une situation, avant de connaître le jugement de Dieu.
Par ailleurs, la morale religieuse adoptée par tous les musulmans de cette belle époque, exigeait que l’autorité la plus reconnue fût celle de celui qui ne prenait pour guide que la Vérité; que fût considéré comme le plus riche celui qui dépensait le plus dans le but d’obtenir la satisfaction de Dieu. En outre, était le plus proche de Dieu, d’après cette morale, le moins enclin aux voluptés et le plus éloigné de la vaine prodigalité.
Mais quand les conquêtes des musulmans se succédèrent, que les territoires soumis à leur juridiction s'étendirent, que les Compagnons et leurs successeurs se dispersèrent dans les provinces que les ulémas (savants) s’éloignèrent les uns des autres et que des éléments destructifs pénétrèrent I’Islam, [quand tout cela se fut produit], les musulmans sentirent la nécessité de se spécialiser pour mieux étudier et développer les différentes branches de la science religieuse. Ce sentiment était, du reste, conforme à la volonté éternelle du Créateur des natures, instincts et aptitudes différents. La miséricorde divine veut que la diversité d’opinions résultant de cette spécialisation profite à tous les croyants.
C'est ainsi qu'un groupe de savants musulmans fut amené à se consacrer à l’étude de la Loi Islamique, tandis qu’un autre groupe se spécialisa dans le recueil des traditions prophétiques et la vérification des chaînes de garants, rapporteuses des hadiths. Cependant un troisième groupe, soucieux de mener une vie tranquille et contemplative, préféra se retirer de la vie publique pour mieux se vouer à la dévotion en faisant subir toutes sortes de privations à sa conscience au compte de ses actions.
Au cours du deuxième siècle de l’Hégire, quand les sciences islamiques furent recueillies et établies, que les ulémas, connus des lors sous l’appellation de Fukahâ (juristes musulmans), composèrent des ouvrages sur les questions juridiques, et que des hommes appartenant au troisième groupe précité, s’appliquèrent à I’étude de sujets tels que: « le contrôle de la conscience » « l’ascétisme », « le Tassawuf « , «la rigueur morale », « le combat contre ses propres défauts en vue d’une, purification intérieure » et «l’adoption des qualités prophétiques et coraniques ». Quand tout cela se fut produit, on attribua aux hommes de ce dernier groupe le nom de Soufiyya (Mystiques) et la science qu’ils étudiaient fut appelée le Tassawuf (la Mystique).
Le mot Tassawuf dérive, dit-on, du mot sâf (la laine) ou de saffa (la pureté)… »
Il faudra donc noter que la spécialisation dans la Mystique ne consistait pas en une étude, mais en une pratique. Le soufi n’est donc pas celui qui étudie le détachement au bas monde et élabore des théories, mais il est bien celui qui applique ce détachement.
Cheikh Junayd, fut le premier à fixer les règles du Soufisme. Ces règles furent adoptées par les soufis postérieurs, tels Cheikh Abdul Qadir Jilani et Cheikh Hassan Shâdili originaires de l’Orient, qui fondèrent des confréries aux XIè et XIIè siècles. Par la suite, d’autres confréries (tariqa), furent fondées en Afrique avec notamment le Tijanisme apparu au XVIIIè siècle au Maroc, fondé par le Cheikh Ahmed Tidiane.
On remarquera donc que jusqu’au XVIIIè et même jusqu’au XIXè siècle, toutes les écoles soufies avaient des origines arabes mais étaient présentes en Afrique Noire.
L’islamisation de l’Afrique Noire faite par les armes y était installée par la contrainte ; les soumis ne faisaient preuve d’aucune conviction. L’Islam y était mal pratiqué et était fortement teinté des usages païens, qui y subsistaient.
L’islam fortement défiguré par le syncrétisme avait perdu son authenticité.
« Les savants de ma communauté sont comme les Prophètes des fils d’Israël » avait dit le Prophète (PSL). A chaque fois que la religion était mise à mal par les fils d’Israël, Dieu envoyait un Prophète afin qu’il la rénova. II est donc logique, au vu de la citation précédente, qu’à chaque fois que l’Islam est plongé dans le chaos, Dieu envoie un savant (un saint) pour Le revivifier. Le Prophète (PSL) nous avait d’ailleurs fait savoir qu’ « à la tête de chaque siècle, Dieu enverra un homme pour revivifier la foi ».
C’est ainsi que Dieu envoya à l'Islam, celui qui allait lui redonner tout son éclat : Cheikh Ahmadou Bamba Mbacké, Serigne Touba. Il naquit en 1852 au Sénégal et fonda sur l’ordre du Prophète (PSL), trente et un an plus tard, le Mouridisme. Les adeptes de cette voie sont dénommés mouridoullah (ceux qui aspirent à Dieu) ou mouride. C’est une voie dans la lignée du soufisme orthodoxe et authentique essentiellement tournée vers l’adoration de Dieu et le respect des prescriptions coraniques et prophétiques.